Franciscains, dominicains, jésuites… Sur ordre de Dieu

Épopée. “Au nom de Dieu et des hommes” (Fayard), de Jérôme Cordelier, raconte l’histoire des franciscains, des dominicains et des jésuites.

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Par Thomas Mahler
Publié le 11/11/2017 à 09:52 | Le Point

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Selon le père Henri Madelin, il n’y a que trois choses que Dieu ignore : ce que va dire un franciscain quand il commence une homélie, ce que vient de dire un dominicain quand il a fini de parler et… ce que pense un jésuite. Pour mieux comprendre la psyché de ces trois ordres, on conseillera au Tout-Puissant la lecture du passionnant Au nom de Dieu et des hommes. Notre confrère du Point Jérôme Cordelier y narre la trépidante saga des frères mineurs (franciscains : robe brun foncé et ceinture de corde), des frères prêcheurs (dominicains : tunique blanche, scapulaire et capuce) et des membres de la Compagnie de Jésus (jésuites : pas d’habit particulier). Trois « milices » (Jacques Le Goff) de l’Église apparues dans le sud de l’Europe, en réaction à l’argent corrupteur pour la première, à l’hérésie cathare pour la seconde, à la Réforme luthérienne pour la dernière.

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« Jumeaux du ciel »

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« Jumeaux du ciel » selon G. K. Chesterton, François d’Assise et Dominique de Guzman innovent au début du XIIIe siècle en rompant avec l’idéal médiéval du cloître pour s’adresser au milieu urbain et évoluer dans un monde en pleine mutation. Fils d’un riche marchand d’étoffes en Ombrie, Francesco di Bernardone est un noceur. Après une longue maladie, le dandy-drapier endosse une tenue de manant, entendant selon la légende l’injonction divine : « Va et répare mon Église ! » Le « Poverello » baise des lépreux, se lance dans des prédications théâtrales et ne rechigne pas au happening, comme ce jour où, lors d’un repas de fête, le mystique rejoint ses frères déguisé en mendiant, histoire de leur rappeler la modération. « Ce François est un vrai showman : à notre époque, il serait un pro du stand-up », souligne Jérôme Cordelier.
Nettement moins charismatique, l’Espagnol Dominique n’a pas le même succès auprès des hagiographes : nulle conversion spectaculaire pour cet apparatchik de l’Église. Mais Dominique comprend toute l’importance de l’art de la conversation, du débat intellectuel et de la transmission. Favorisant le modèle collaboratif (les start-up n’ont rien inventé), les dominicains prônent la prise de décision collective.

 

Rapidement canonisés, les deux pionniers verront leurs organisations fortifiées sur le plan théologique par de robustes théoriciens : Bonaventure pour la première, Thomas d’Aquin pour la seconde, qui se côtoient dans la Sorbonne naissante. Les franciscains, dans la lignée de leur fondateur autoproclamé « simple et ignorant », se spécialisent dans le charisme et la prédiction populaire, inventant crèches et chemins de croix. Les dominicains deviennent des maîtres du savoir, de l’effort théologique, ce qui les amènera à créer des institutions érudites comme l’École biblique et archéologique française de Jérusalem. Surtout, les deux ordres mendiants accompagnent la mondialisation naissante, s’éparpillant à travers la planète et se frottant à d’autres cultures, à l’image d’un François d’Assise qui, en 1219, rencontre le sultan Al-Kamil, premier dialogue entre catholicisme et islam.

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Légende noire

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Trois siècles plus tard, c’est un hobereau basque qui intègre les deux traditions. Soldat rêvant de gloire, Ignacio de Loyola, après sa blessure à la citadelle de Pampelune en 1521, troque la lecture des romans de chevalerie contre celle de la vie de saint François et de saint Dominique. Avec sa Compagnie de Jésus, l’homme sera à la fois grand organisateur (il a laissé 7 000 lettres), biographe de sa propre vie de saint et théoricien avec ses fameux Exercices spirituels, qui annoncent les modernes vade-mecum de coaching. Comme l’écrit François Sureau dans son Inigo (Gallimard), ce guerrier de Dieu anticipe « ce monde nouveau où l’homme doit d’abord se fier à lui-même pour trouver son salut ». Dans la lignée de Loyola, les jésuites cultivent l’obéissance, l’adaptation aux coutumes locales, dite « inculturation », l’éducation, la mobilité et la tactique, à savoir gagner la faveur des puissants.
Le livre ne cache pas les pages plus sombres : sous-traitance de l’Inquisition pour les dominicains (Torquemada), rôle ambigu des missionnaires dans le processus colonisateur… Les jésuites, eux, ont droit à toute une légende noire, entretenue par des adversaires redoutables, Pascal et les jansénistes, puis Michelet et Quinet, qui les qualifient de « taupes » rusées. On notera que l’ingrat Voltaire, qui épingle l’orgueil des jésuites dans son Dictionnaire philosophique (« une de leurs principales vanités était de s’introduire chez les grands dans leurs dernières maladies »), a été à bonne école auprès des pères à Louis-le-Grand.

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Désarmer le fanatisme

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Que reste-t-il de ces épopées aussi mystiques que politiques ? Ce qui fascine l’auteur, c’est la pérennité d’institutions médiévales qui poursuivent leur magistère spirituel. Dans l’histoire moderne, aucun pape n’a été aussi proche de ces ordres que François. Comme le remarque le truculent Timothy Radcliffe, ancien maître général de l’ordre des Prêcheurs, l’Argentin Bergoglio est « un jésuite qui souhaite être franciscain et qui porte une robe de dominicain ». Jérôme Cordelier rappelle aussi que Macron a été formé à la casuistique jésuite à Amiens, comme Trump à la Fordham University. Avec sa vie nomade et ses sermons pour les oiseaux, François d’Assise peut même se concevoir comme le premier écolo de l’Histoire.
Mais l’influence toujours prégnante de ces fantassins de la foi dans les beaux quartiers comme dans les ghettos ne masque pas le reflux des effectifs. En France et en Belgique, les frères mineurs ne sont plus que 168, tandis que, cette année, les jésuites de France, faute de troupes, ont été fondus dans une « province d’Europe occidentale francophone ».

 

Saint Dominique. Venu à Toulouse pour lutter contre l’hérésie cathare, Dominique de Guzman fonde les Frères prêcheurs en 1216. © DR

À travers des portraits de personnages hauts en couleur, Jérôme Cordelier montre cependant que l’esprit des pères fondateurs est toujours présent. Il a rencontré le courageux Henri Burin des Roziers, qui défendait les paysans sans terre en Amazonie, le brillant Gaël Giraud, jésuite à la tête de l’Agence française de développement, le fraternel Battite Mercatbide, gardien de la communauté franciscaine de Marseille au milieu de la prostitution, ou le polyglotte Jean Druel, directeur au Caire de l’Institut dominicain des études orientales (Idéo), qui veille sur un des plus riches fonds historiques arabo-musulmans. Alors que la bataille contre l’intégrisme fait rage dans cette partie du monde, on rêve que la pièce Pierre et Mohamed, du normalien dominicain Adrien Candiard, devienne parole d’Évangile : « Le dialogue est une oeuvre sans cesse à reprendre : lui seul nous permet de désarmer le fanatisme, en nous et chez l’autre. »

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“Au nom de Dieu et des hommes” (Fayard, 368 pages, 19 euros).

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Un franciscain, un dominicain, un jésuite…

Quelqu’un s’adresse à un franciscain et lui demande de dire une neuvaine pour qu’il gagne une Lexus à la loterie.
– C’est quoi, une Lexus ?
– Une voiture de luxe.
– Bonté divine ! Saint François penserait que c’est contre le voeu de pauvreté ! Je regrette, pas question pour moi de prier pour ce genre de choses.

 

Le gars va trouver ensuite un dominicain.
– Pourriez-vous, s’il vous plaît, dire une neuvaine pour que je gagne une Lexus ?
– C’est quoi, une Lexus ?
– Une voiture de luxe.
– Bonté divine ! Saint Thomas met en garde contre l’amour des biens de ce monde. Je regrette, pas question pour moi de prier pour ce genre de choses.
Finalement, en désespoir de cause, le gars s’adresse à un jésuite :
– Mon père, pourriez-vous, s’il vous plaît, dire une neuvaine pour que je gagne une Lexus ?
– C’est quoi, une neuvaine ? ».
(Blague tirée du « Moquez-vous des jésuites », de Nikolaas Sintobin, jeune jésuite flamand, éd. Fidélité)

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Source

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Seguidor de Cristo hasta Su Regreso. Guardador del Sabado el 7mo. dia. Follower of Christ until His Return. 7th day Sabbath keeper.
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